L’innovation, l’illusion du réseau social

8 novembre 2011

Parmi toutes les distinctions que vous connaissez sans doute sur l’innovation (pêle mêle, juste pour vous mettre en bouche « incrémentale ou de rupture », « quantique ou permanente »…), je voudrais vous faire part d’une nomenclature de mon invention (en toute modestie).

Dans ce qui suit, je vais vous parler d‘innovation volontaire et d‘innovation naturelle. Il s’agit sans doute d’une partition particulièrement sommaire et caricaturale mais qui n’est pas dénuée d’un fond de vérité.

Vous l’avez peut être lu dans les billets précédents, j’attache une attention toute particulière aux 4 piliers de l’innovation (pour les lecteurs poisson rouge, c’est juste ). Ces 4 piliers sont selon moi les fondations de l’innovation volontaire, ils permettent d’instrumenter une démarche de recherche active d’innovation. Ce type d’innovation est caractérisé par une recherche systématique des idées innovantes et par une organisation en capacité de les traiter (évaluation, prototypage, étude de marché… et toutes  les boucles de contrôle que vous pourrez imaginer pour valider l’intérêt final des idées). Si vous avez mis en oeuvre ces 4 piliers dans votre propre démarche, vous avez tel un Monsieur Jourdain de l’Innovation créé une solution d’innovation volontaire. Et dans ce cas de figure, vous utilisez sans doute un système de management des idées.

Alors l’innovation naturelle ? J’ai pu voir dans l’implémentation de certaines solutions de RSE implémentées dans des grands groupes la possibilité de « proposer une idée ». Renseignement pris, il n’existe pas la plupart du temps de processus ni de gouvernance associés à ces idées, et encore moins de community management. On parle alors plutôt de partage de bonnes pratiques entre équipes ou au sein d’une filière. C’est dans ce cas de figure que je parle d’innovation volontaire. Je suis personnellement assez dubitatif sur les résultats obtenus par ce type de stratégie.

Il n’est pas pour moi de pire illusion que de croire que l’on fait de l’innovation participative parce qu’on a mis en oeuvre un réseau social d’entreprise. Le succès de ceux-ci étant lui-même obtenu par des efforts de community management répétés, je ne crois pas à la possibilité de voir émerger de bonnes idées, à leur expérimentation et à leur industrialisation sans un processus et des moyens dédiés.

A bientôt pour de prochaines aventures !

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Création de valeur par le SMI

22 septembre 2011

J’expliquais dans le blog précédent que le choix d’un Système de Management des Idées devait être réalisé après avoir déterminé les autres piliers de votre démarche d’Innovation Participative. Permettez-moi d’enfoncer le clou en insistant sur la notion de création de valeur. Si vous êtes un lecteur régulier (auquel cas, vous avez bien du mérite et je vous en remercie), vous vous souvenez que j’ai déjà mentionné la création de valeur dans la définition de l’innovation. Ce n’est pas sur ce point que je veux revenir mais sur un tout autre sujet : la création de valeur pour les contributeurs du SMI.
Des yeux qui brillent...

Si l’intérêt pour l’Entreprise d’une démarche d’Innovation participative est évident, il faut se poser la question de l’intérêt pour le collaborateur. Ne vous enthousiasmez pas trop vite, je ne vais pas aborder maintenant la question ô combien épineuse des incentives que je réserve pour un billet ultérieur. Je voulais aborder avec vous la question de la récurrence des connexions des contributeurs au SMI.

Nous n’avons pas une idée par jour, et dans le meilleur des cas, on ne peut espérer des innovateurs les plus créatifs qu’une dizaine d’idées par an au mieux. Il vous faut donc identifier un levier pour que vos contributeurs viennent et reviennent sur le SMI pour y déposer des idées mais surtout pour contribuer aux idées proposées par d’autres. En d’autres mots, comment faire briller les yeux (d’où l’image ci-dessus qui vous intrigait depuis un moment, avouez-le) des contributeurs à la mention du SMI ?

Une partie de la réponse est que votre SMI doit créer de la valeur pour vos collaborateurs. Certes mais comment ? Je n’ai pas la prétention de vous apporter LA réponse à cette difficile question, je vais néanmoins essayer de vous apporter quelques pistes. Lors de la conception de notre SMI, nous avons essayé de trouver des réponses innovantes.  Dans un premier temps, nous avons conclu à la nécessité d’ajouter à notre SMI des fonctionnalités qui :

  • n’existeraient pas par ailleurs dans mon entreprise,
  • favoriseraient l’idéation,
  • contribueraient à la dimension collaborative de la démarche.
Pour répondre à ces besoins, nous avons insisté sur la dimension sociale du SMI. Parmi les fonctionnalités mises en oeuvre, on peut trouver par exemple un système d’appels à la communauté, du social bookmarking, des notifications personnalisées tout cela articulé autour d’un système de centres d’intérêt. Il existe bien entendu une multitude de solutions  (n’hésitez pas à en faire profiter les lecteurs (et l’auteur) de ce blog), n’oubliez pas de les identifier au moment du choix de votre SMI !

Comment choisir son Système de Management des Idées ?

18 août 2011

Système de management des Idées, commençons par se renseigner sur le sens de la formule. Selon Wikipedia (qui profite pour faire un petit coup de pub à IdClic soit dit en passant), un SMI est une application Web qui gère la collecte, le traitement – enrichissement et enfin l’implémentation des idées. Une grosse boîte à idées collaborative avec un workflow dedans en quelque sorte…

Comment choisir son SMI ? Voila une très bonne question. On peut trouver sur le marché pléthore d’éditeurs proposant des solutions toutes légèrement différentes. Un éditeur français pour faire jouer la proximité ?IdeaValue de Motivation Factory, IdClic d’Orange ou Inova ? Belge  avec l’excellent Cognistream, Sopheon ? Américain avec SpigIT, sur mesure avec Sharepoint 2010 ? Ou tant d’autres dont j’ignore l’existence. Par ailleurs, mon SMI devra-t’il avoir une forte dimension sociale ? En intranet ou en SaaS ?

Encore une image qui n'a rien à voir avec le sujet

Je vais arrêter le suspens tout de suite : il est louable de se poser ces questions et bien d’autres mais il en est une autre qu’il faut se poser avant toute autre chose. Ai-je bien adressé mes autres problématiques ?

Si on se réfère à la définition, un SMI est donc un outil de dépose et de co-constructions d’idées innovantes d’une part et un workflow/outil de gestion de projets d’autre part. C’est sur ces dernières fonctionnalités que je voudrais attirer votre attention. Etes-vous convaincu d’avoir finalisé votre workflow avant de vous lancer dans le choix de votre SMI ? Doit-il y avoir validation par un expert de l’idée déposée ? Une notification hiérarchique de l’auteur de l’idée avant publication ? Une modération a priori, a posteriori, pas de modération du tout? Une mise en visibilité globale de l’idée dès sa publication ? Locale alors ? J’aurai l’occasion de revenir sur l’organisation du workflow dans un autre billet.
Tous les SMI ne vous offrent pas toutes ces latitudes. Adopter IdClic par exemple, c’est adopter le workflow d’Orange.
Par ailleurs, souhaitez-vous faire porter par ailleurs la fonctionnalité de gestion de projets par votre SMI ? Certains de ces outils sont capables de rendre des services plutôt riches en ce domaine – allocation de ressources, gestion de budget… alors que d’autres se focalisent sur les interactions entre les différents contributeurs de votre démarche.

Si je devais résumer ce billet en une seule phrase, je dirais que si le système de management des idées est primordial pour la réussite ou l’échec de votre démarche d’Innovation participative, il doit être choisi pour supporter celle-ci et non l’inverse.


Les 4 piliers de l’innovation participative

4 août 2011

Je lisais il y a quelques jours une publication de Susan Wojcicki dans Think Quaterly (lire ici) sur les 8 piliers de l’innovation de Google. Disposant de plus petits moyens que Google, je vais me contenter de vous exposer ici mes 4 piliers de l’innovation (et puis qui a besoin de 8 piliers ? Sérieusement !). Si vous souhaitez vous lancer dans une démarche d’innovation participative au sein de votre entreprise, ces 4 problématiques devront impérativement être abordées avant son lancement effectif.

  • La première question à vous poser est la définition du cycle de vie d’une idée. Il est important de formaliser a priori les différents états qui vont jalonner la vie d’une idée. Cette idée mérite-t’elle d’être prototypée ? Doit-elle être validée a priori par un expert, par un manager ? Et le prototype, doit-il donner lieu à une expérimentation ? Il est aussi important de définir les documents qui seront produits à chaque étape (étude d’opportunité, bilan d’expérimentation…)
  • Qui dit « Changement d’état », dit instance décisionnelle en charge des arbitrages. Il vous faut maintenant réfléchir à la composition de cette instance qui ne doit pas être une instance technique. Innovation n’est pas synonyme de recherche et développement. Si l’avis de l’expert technique est prépondérant pour l’évaluation d’une idée, il doit être équilibré par d’autres points de vue : mon idée va-t’elle rencontrer des clients ? Est-elle exploitable ? Est-elle compatible avec ma stratégie d’entreprise ? L’autre point clé à adresser est l’animation de votre démarche. Il ne faut pas sous-estimer les moyens nécessaire à l’animation quotidienne de votre démarche : animation du site, préparation des comités, suivi des idées en cours de transformation, filtrage des idées…
  • Une erreur communément faite par les innovateurs débutants est de confondre l’outil de captation des idées et la démarche d’innovation participative. Si le choix du Système de Management des Idées est important, il ne doit pas être l’axe principal de votre réflexion. Le SMI est là pour supporter votre processus innovation, et non le contraire. J’aurai l’occasion de revenir sur ce point dans un dossier ultérieur.
  • Enfin, le dernier pilier, primordial selon moi, est l’animation et la communication de votre démarche. Si l’innovation n’est pas un axe fort de votre culture d’entreprise, il est plus que probable que votre démarche passée une première étape d’euphorie s’essoufflera. Réussir à inscrire la démarche d’innovation participative dans les habitudes de travail de vos collaborateurs est un facteur clé de succès et il vous faudra déployer des trésors d’inventivité pour y parvenir.
A la semaine prochaine pour un prochain épisode !

Commençons par une définition

28 juillet 2011

L’innovation participative, qu’est ce que c’est ?

L’innovation, voila un mot qu’on peut retrouver accompagné à toutes les sauces pour peu qu’on y prête un peu attention. Pour s’assurer que nous allons parler de la même chose, je vous propose d’adopter la définition suivante :

Innovation (m.f) : processus industriel mis en œuvre pour détecter des idées créatrices de valeur, les prototyper et les transformer en produits ou services.

Croyez-le ou non, il m’a fallu un certain temps pour finaliser cette définition. Passons à l’exégèse maintenant, permettez-moi d’insister sur les 4 mots clés :

  • un processus : si l’innovation ne se décrète pas, une entreprise qui souhaite mettre l’innovation au cœur de ses préoccupations industrielles peut adopter une posture favorable à l’apparition d’idées innovantes. Du bourgeon d’idée au produit fini, c’est tout un cycle de vie qui est à penser, et des moyens à mettre en œuvre à chaque étape du cycle de vie : comment favoriser l’émergence des idées ? Comment s’assurer de leur transformation ? Quels moyens débrayer pour l’expérimentation ? Toutes ces questions et bien d’autres devront avoir trouvé une réponse avant même la collecte de la première idée.
  • création de valeur : de multiples enjeux se cachent derrière ces trois mots. L’idée transformée permettra-t’elle de créer de la valeur ? Cette notion de valeur peut être très simple – gain de productivité dans un cycle de transformation industriel par exemple – ou beaucoup plus complexe quand il s’agit de gain d’image ou de risque à ne pas faire.
  • transformation : c’est pour moi l’écueil principal sur lequel se cassent les dents bien des démarches d’innovation permanente. Tout le monde peut avoir une bonne idée, mais le passage au prototypage et au produit fini est beaucoup plus délicat.
  • produits ou services : produits, services, et bien d’autres. Attention à ne pas se focaliser sur la production d’un nouveau produit qui va révolutionner votre marché et dépositionner tous vos concurrents ! L’innovation peut se nicher partout, dans le processus de fabrication ou dans votre business model.

Vous en savez un peu plus sur ma définition de l’innovation, et privilège du propriétaire, c’est cette définition qui fera foi à partir de maintenant.

Si tout le monde est d’accord, passons au niveau 2. Et l’innovation participative alors, qu’est ce que c’est ? C’est donner la parole au plus grand nombre pour détecter les idées ou usages innovants, mais aussi les problèmes et irritants du quotidien. Autrefois appelée Boîte à idées ou boîte à suggestions, l’innovation participative s’est dotée de nouveaux outils beaucoup plus 21ème siècle appelés pompeusement Système de management des idées. Mais cela est une autre histoire et nous en parlerons dans un prochain billet consacré aux 4 piliers de l’innovation.